"VOUS ÊTES ICI !"

   

Dans ce grand immeuble inconnu, je cherche un bureau en particulier dont je ne sais l'emplacement.

 

Selon les panneaux de contrôle des ascenseurs, l'immeuble abrite 23 étages.

 

J'aperçois aussi un panneau d'informations des lieux qui m'informe que " VOUS ÊTES ICI ! ".   

  

Le panneau s'habille d'un beau cadrage argent qui l'emprisonne dans son espace respectif.

 

Le luxe des lieux m'indique que je suis dans une place importante. Les murs de marbre brillent  sans se soucier de la pauvreté grandissante du quartier environnant...  

  

L'immeuble semble vide. Sans vie. À part moi et mes pas incertains. On dirait que je suis en position illégale et que je suis entré par effraction mais ce n'est pas le cas du tout.

 

Je suis entré par l'entrée principale en prenant soin de saluer la caméra d'accueil qui semble faire un travail monotone.   

 

Si je me souviens bien, la dame m'a dit au téléphone la semaine dernière que son bureau se trouvait au 8e étage... si je ne me trompe pas !

 

L'ascenseur me monte tout en douceur jusqu'à cet étage. En sortant de celui-ci, " VOUS ÊTES ICI ! " .     

 

Le bureau de la dame n'y est plus. Sur la porte en bois massif, un écriteau indique: "DÉMÉNAGÉ AU 13e ÉTAGE !".

 

Je reprends l'ascenseur pour ma nouvelle destination. Il ne bouge pas. J'appuie à nouveau sur le numéro 13 et il ne se passe rien. Il est immobile comme s'il était en pause-café !

 

J'entends le grondement du mécanisme qui change fréquemment d'intensités.

 

L'intensité des lumières semble aussi déréglée. C'est comme s'il demandait une trop grande quantité d'électricité pour la capacité du système électrique.

 

Il agit comme une voiture qui a de la difficulté à démarrer par temps très froid.

 

Je prends le téléphone d'urgence pour communiquer le problème, il n'y a pas de réponse !  

 

Le reste de l'histoire se déroule en neuf secondes environ... Ahhhhhhhhhhhhhhhhh...

9e... 8e... 7e... 6e... 5e... 4e... 3e... 2e... 1er...  

 

L'ascenseur et moi sommes écrasés sous l'impact de sa défectuosité mécanique.

 

Je suis mort. Inévitablement mort. Je pensais bien vivre jusqu'au moins 70 ans, mais non!  

 

Quand je vivais, les gens pensaient que lorsqu'on meurt, on voit une lumière au bout du tunnel... ils avaient raison !

 

Sauf que la mienne est brûlée et le concierge ne trouve plus son escabeau pour monter la changer !  

 

Dans l'insécurité du début de ma mort, c'est comme dans un rêve...

 

Je me vois entrain de prier sur mon tombeau au cimetière et sur mon épitaphe c'est écrit: "VOUS ÊTES ICI" !   
 
FIN

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1997