"NE JAMAIS TUER LES

 

FOURMIS"


J’attends toujours l'autobus qui n'arrive pas.

 

J'attends depuis 25 minutes.

 

Je suis presque au bout de l'île sur la rue Sherbrooke.

 

Les voitures passent rapidement devant moi.   

De mon côté de la rue, il y a un abribus avec les vitres toujours brisées et il y a le début d'un grand champ dormant.

 

De l'autre côté, il y a quelques usines qui font leurs tapages habituels.

 

Je tourne en rond. Je suis tanné d'attendre. Je m'en vais chez ma copine et j'ai bien hâte de la serrer dans mes bras, de lui redire que je l'aime !   

 

Mon baladeur joue une cassette qu'elle m'a prêtée. Mes piles s'en vont tranquillement chez le diable.

 

La musique ralentit de plus en plus jusqu'en rendre l'âme. Mon baladeur est temporairement mort mais la musique continue quand même de jouer dans ma tête.   

 

Pour tuer le temps qui n'avance pas, je m'amuse à frapper du pied les petites roches et les morceaux de vitres qui traînent sur l'asphalte délimitant l'arrêt d'autobus.

 

Je les envoie dans le fossé qui sépare la route du champ. Mon téléavertisseur retentit. C'est le numéro de mon amour.

 

Elle doit se demander pourquoi je retarde ainsi. Elle sait que je suis habituellement très ponctuel.   

 

Une petite camionnette bleue s'apprête à arrêter pour me parler. C'est un véhicule du transport en commun...

 

-L'autobus qui devait te prendre a eu un grave accident à 3 km d'ici... c'est pour cette raison que tu attends peut-être depuis longtemps ?

 

-Effectivement !

 

-Un autre autobus va passer dans 5 minutes !

 

-O.K .! Merci de l'information. L'homme reprend sa route.  

 

Je continue de rôder autour de l'abribus et je m'aperçois que l'asphalte est grandement craqué, désuet, fini !

 

Je pensais justement au danger que le mauvais état de l'asphalte pourrait causer aux usagers du transport en commun… quand une partie du pavé cède sous mon pied droit...

 

Je plonge dans le fossé en une fraction de seconde en ne pouvant rien faire.

 

Je tombe tête première sur une grosse roche qui me semblait destinée. Je perds connaissance.   

 

Je suis couché de tout mon long dans un pied d'herbes et six pieds plus bas que le niveau de la rue.

 

Je pense bien que personne ne peut me voir.

 

Personne ne peut se rendre compte de ma chute. Je suis toujours sans connaissance. Le sang coule sur mon front. Le soleil me tape dessus.  

 

Je devrais probablement reprendre connaissance bientôt. Du moins, je l'espère bien.

 

Les autos qui passent ne me voient pas non plus. Si quelqu’un venait attendre l'autobus, il pourrait sûrement m'aider.

 

Mais cet arrêt est très peu achalandé. Je n'ai pas beaucoup d'espoir. Je vais attendre patiemment de reprendre connaissance.

 

L'autobus vient de passer... sans s'arrêter !  

 

Mon front saigne toujours. Il saigne de plus en plus. L'écoulement ne semble pas vouloir s'arrêter. J'espère que je ne serai pas trop faible quand je me réveillerai !

 

Ma copine doit s'inquiéter. J'irai sûrement à l'hôpital pour des points de suture. Mon téléavertisseur retentit de nouveau, c'est encore elle !  

 

Voyant mon état d'impuissance dans cette situation, des milliers de fourmis décident de me porter secours pour me sauver.

 

Elles me soulèvent légèrement pour pouvoir me transporter sur le bord de la route pour que quelqu'un m'aperçoive.   

 

Lors de mon réveil, il y a une grosse tache noire à côté de moi. Le regroupement de fourmis me regarde avec attention. Mon chandail et ma figure sont maculés de sang.  

 

En me voyant, un automobiliste a appelé une ambulance et on la voit qui s'en vient pour m'emmener à l'hôpital...  

 

Grâce à ces fourmis, je suis examiné et soigné à temps. Je suis sauvé!    
 

FIN   

 

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1997